Interview Alison Demay Juste une embellie L’école buissonnière

Interview d’ Alison Demay, Juste une embellie, L’école buissonnière, L’Apparence des Choses

A la fin du dernier festival d’Avignon était née l’envie de prolonger les échanges, de prendre des nouvelles des spectacles chroniqués au fil de leurs reprises, et de proposer en lien des portraits à la fois d’interprètes et de personnes travaillant côté coulisses. L’ interview d’ Alison Demay a été ainsi l’occasion de revenir sur plusieurs spectacles de Juste une embellie, à voir en ce moment au théâtre du Lucernaire à Paris, à L’école buissonnière ou L’Apparence des Choses , tout en découvrant les différentes facettes de la fonction d’assistante à la mise en scène.

Alison Demay est comédienne, chanteuse, metteuse en scène, originaire de Descartes, en sud Touraine.

Alison Demay par Guillaume Marbeck

Comment l’idée du monde du spectacle a-t-elle fait son chemin ?

C’est venu très tôt, alors que dans ma famille il n’y a aucun artiste ou musicien. J’ai commencé à chanter dès que j’ai su parler, je regardais l’Ecole des fans, je rêvais d’y participer, j’étais très motivée, j’appelais pour passer le casting au téléphone, malheureusement Jacques Martin est tombé malade et ça ne s’est pas fait. A 6 ans, j’ai commencé chorale, guitare et solfège, je chantais dans toutes les fêtes de famille, ensuite j’ai suivi une amie dans son cours de théâtre, et ça a été une révélation. Je suis rentrée le soir en disant à mes parents que c’était ce que je voulais faire dans la vie et ça n’a jamais changé. Quand j’avais 12 ans, j’ai fait une journée de figuration à Paris, que j’avais trouvé toute seule, j’ai toujours été très motivée, a essayer d’aller chercher tout ce qui était possible, mes parents pensaient que cela allait me décourager, mais au contraire, ça a confirmé ce choix. J’ai aussi fait de la figuration dans le spectacle Grandeur Nature des Bodin’s pendant plusieurs étés. J’ai eu la chance d’être soutenue par ma famille dès le début.

Quel a été alors votre cursus ?

J’ai fait du théâtre à Châtellerault pendant 7 ans, l’option théâtre au lycée Marcelin Berthelot, puis une licence Arts du spectacle et en parallèle le Conservatoire d’Art Dramatique de Poitiers. J’ai enchaîné avec un master pro Assistanat à la mise en scène. J’ai été l’assistante de la metteuse en scène Anne Bourgeois sur Les nœuds au mouchoir avec Pierre Jean Chérer, Anémone et Denis Chérer, puis seconde assistante de Anne Bourgeois et Sonia Sariel, sur Le plus beau jour de David Foenkinos diffusé en direct à la télévision, assistante et régisseuse plateau pour Maux d’amour avec, entre autres, Corinne Touzet, dans une mise en scène de Johanna Boyé.

Pendant cette période, est-ce qu’il y a un rôle, un texte qui vous a marquée particulièrement ?

Oui, il y a eu 4.48 Psychose de Sarah Kane, que l’on m’a d’abord proposé pour le stage d’entrée au Conservatoire. C’est un texte qui m’a bouleversée, et ensuite, lors de mon Master, dont j’ai fait le premier semestre en Angleterre, on m’a à nouveau proposé de jouer ce texte. La coïncidence était troublante. Pour l’examen de fin du Conservatoire, on doit mettre en scène et jouer un spectacle de 30 minutes, j’ai donc choisi de mettre en scène 4.48 Psychose en théâtre bilingue français-anglais. J’aimerais aller plus loin avec ce spectacle, j’espère avoir un jour l’occasion de le monter dans son entièreté.

En tant que spectatrice, est-ce qu’il y a une pièce qui vous a marquée et a confirmé cette envie d’en faire votre métier ?

Je ne faisais pas beaucoup de sorties culturelles avec mes parents, pas de théâtre dans les environs, mais il y a eu les spectacles de L’école Buissonnière qui m’ont d’abord fait rêver avant de rejoindre l’équipe.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces spectacles?

L’école Buissonnière est une association qui monte des spectacles au profit des Restos du Coeur, qui mêlent théâtre et chant, avec des comédiens et chanteurs amateurs sur scène, dirigés par des professionnels. Il y a 9 représentations chaque année à Ligueil et Loches en Indre-et-Loire. Il y a deux ans, on a donné plus de 20 000 euros au Restos. J’y venais d’abord comme spectatrice, puis en 2013, j’ai rejoins l’équipe comme comédienne. Quelques années après, on m’a proposé d’en faire la mise en scène, cela va être mon 5 ème spectacle avec eux cette saison en tant que metteuse en scène. On commence les répétitions début septembre pour des spectacles joués en janvier – février. C’est une belle aventure d’équipe, avec des spectacles très aboutis et une formidable ambiance autour.

Avez-vous d’autres projets ?

J’ai co-écrit un spectacle musical, L’apparence des choses avec Franck Dunas de L’affaire Capucine , dans lequel je chante et je joue. Franck Dunas était coach chant à l’Ecole Buissonnière, on a eu envie de créer quelque chose ensemble. On devait jouer pendant le premier confinement, on a pu le faire seulement en septembre 2020 à la Touline et on espère pouvoir le programmer bientôt.

Un petit avant-goût musical ici : Chanson reprise de Photograph, Ed Sheeran, qui figure dans l’Apparence des Choses :

Il y a eu aussi le radio-crochet à Descartes cet été, c’est parti aussi d’un souvenir d’enfance, cela existait quand j’étais petite, j’en gardais un excellent souvenir. Ça nous a semblé important avec la municipalité de pouvoir offrir un accès à la scène à ceux qui ne l’ont pas, de pouvoir susciter des rencontres, de prendre confiance en soi… Cela s’est déroulé sur 4 dimanches, il y a eu 20 candidats, de toute la région, avec un enregistrement en studio pour les deux gagnants, en partenariat avec Tram 28 studio à Reignac-sur-Indre. Fabienne Thibeault était présidente du jury à la finale. Il y a vraiment des talents cachés, on est très heureux d’avoir pu leur permettre de se produire devant un public.

Vous êtes cette année assistante de Christophe Lidon pour le spectacle « Juste une Embellie », avec Raphaëline Goupilleau et Corinne Touzet. La création de ce spectacle, prévue au CADO d’Orléans en décembre 2020, a été reportée plusieurs fois avec la crise sanitaire et s’est finalement faite au festival d’Avignon au théâtre des Gémeaux cet été (voir l’article Juste une embellie festival d’ Avignon) et vient d’être repris à Paris. En quoi consiste cette fonction, peut-être un peu méconnue et pourtant essentielle ?

L’assistant(e) est la personne qui est en lien avec toute l’équipe, les techniciens, les costumières… qui va gérer aussi bien les emplois du temps que le travail du texte avec les comédiens. Pendant les répétitions, on est un peu la mémoire de toutes les évolutions de la mise en scène. Je prends tout en note au fur et à mesure, les déplacements, les accessoires, les intentions de jeu… cela devient la mémoire du spectacle à laquelle tout le monde peut se référer. J’ai aussi accompagné le spectacle à Avignon, j’aidais au montage – démontage, je tractais… C’est un métier qui touche à tout et qui permet d’apprendre beaucoup, de mieux comprendre à la fois le métier de metteur en scène et de progresser en tant que comédienne en observant tout ce qui se passe autour.

Comment avez-vous vécu cette édition un peu particulière du festival d’Avignon 2021 ?

J’ai trouvé qu’il y avait une vraie union entre les spectateurs et les équipes, une vraie parole dans la rue, des gens qui nous remerciaient d’être là, le bonheur de pouvoir retravailler, échanger… et puis ensuite les doutes et les inquiétudes avec l’instauration du pass sanitaire, que l’on a vécu comme une injustice. Une image qui m’a vraiment marquée, ce sont les premiers applaudissements, après tant de reports, c’était bouleversant, ça a fait beaucoup de bien d’avoir les premiers retours du public. J’ai trouvé que les émotions étaient encore plus fortes que d’habitude sur ce festival.

Et comme on peut le faire à la fin d’un spectacle à Avignon, un coup de cœur culturel à partager ?

Au festival, j’ai eu un grand coup de cœur pour La grande musique, où on retrouvait Raphaëline Goupilleau, avec une mise en scène incroyable de Salomé Villiers, très cinématographique, la lumière, le décor, des comédiens formidables. Je suis passée par toutes les émotions, c’est très inspirant! J’ai beaucoup aimé Nos années parallèles également, qui est entré en écho avec L’Apparence des Choses, le spectacle que j’ai co-écrit, avec la présence de la musique, la réflexion sur le deuil…

En attendant de pouvoir, on l’espère, découvrir bientôt L’Apparence des Choses sur scène, on peut retrouver Juste une embellie au théâtre du Lucernaire jusqu’au 17 octobre , toutes les infos : http://www.lucernaire.fr/ puis le nouveau spectacle de L’école Buissonnière à Ligueil et Loches début 2022, dates à suivre sur https://www.lecolebuissonniere37.com/!

Un grand merci à Alison Demay pour cette rencontre joyeuse et inspirante!

Alison Demay par Guillaume Marbeck

Interview Alison Demay, propos recueillis par Eimelle ToursEtCulture.

2 commentaires

  1. […] Avec : Corinne Touzet et Raphaëline Goupilleau. Mise en scène de Chritophe Lidon. Ce fut un de mes premiers coups de coeur de ce festival pour son duo d’interprètes! Mon avis sur ce spectacle : Juste une embellie festival d’ Avignon A lire aussi l’interview d’Alison Demay, l’assistante à la mise en scène Interview Alison Demay Juste une embellie L’école buissonnière […]

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