Interview de Raphaëline Goupilleau Juste une embellie

Interview de Raphaëline Goupilleau Juste une embellie, La grande musique... Raphaëline Goupilleau est en ce moment à l’affiche au théâtre du Lucernaire dans Juste une embellie, de David Hare, mis en scène par Christophe Lidon, avec Corinne Touzet. Le spectacle, créé en juillet dernier au Festival d’Avignon ( cf l’article Juste une embellie), est à voir à Paris du 25 août au 17 octobre, à 19h du mardi au samedi et le dimanche à 16h.

Rencontre avec Raphaëline Goupilleau, une comédienne à l’enthousiasme et aux rires communicatifs !

Interview de Raphaëline Goupilleau

Eimelle : Comment le monde du spectacle est-il apparu dans votre vie ? Quel parcours avez-vous suivi ? C’est une question que je pose à chaque fois, la variété et la diversité des chemins parcourus est passionnante!

Raphaëline Goupilleau : Une enfance en Afrique, ça a la chance de vous ouvrir très tôt à toutes ces formes d’expression, le jeu, la danse, le chant, la façon dont on raconte une histoire… Une fois rentrée en France, à l’adolescence, il y a eu des cours de théâtre (Florent) qui ont permis des rencontres comme celle de Micheline Kahn chez qui j’ai eu ensuite la chance de travailler. Mais je n’envisageais pas de pouvoir en faire mon métier, alors j’ai commencé des études de psycho, tout en continuant les ateliers. Et puis un jour, les hasards de la vie ont fait que je me suis dit, qu’après tout, c’était peut-être possible…

Je n’ai jamais passé de concours, toujours des ateliers, à la Cité Internationale Universitaire puis avec Andréas Voutsinas, avec cette chance de voir des professionnels travailler, c’était passionnant d’être confrontée à ces gens. On avait par exemple Delphine Seyrig qui venait faire des exercices avec nous dans la journée et qui jouait La bête dans la jungle le soir ! De voir tout ce travail préparatoire, comme les gammes d’un musicien ou d’un danseur, c’est un apprentissage formidable, tout ce travail que font les Anglais de façon absolument sublime.

Pendant cette période, est-ce qu’il y a un rôle, un texte qui vous a marquée particulièrement ?

Quand on est jeune, on rêve de choses extravagantes, des folies… A 20 ans, je voulais jouer Lucienne de Carpentras, tiré d’un roman d’Yves Navarre, un personnage complètement désespéré, déprimé… Je n’ose pas le relire !

Très souvent , on demande au comédien quel rôle le fait rêver, moi ce qui m’intéresse et ce spectacle Juste une embellie le prouve, c’est d’avoir la chance que quelqu’un vous dise, je te vois dans tel rôle, et pas forcément celui auquel vous auriez pensé. Pour Juste une embellie, c’est un cadeau magnifique de Corinne Touzet avec qui j’avais travaillé il y a 20 ans pour les téléfilms Valentine et Valentine et compagnie, qu’elle coproduisait. A la suite de ça elle m’a dit : « Un jour, je nous trouverai une pièce ». En 2019, nous nous sommes retrouvées au théâtre de la Luna au festival d’Avignon, on jouait chacune un spectacle différent, elle m’a dit : « je l’ai », et elle m’a donné à lire Juste une embellie. Il y a peu de métiers qui offrent des cadeaux comme ça.

Interview de Raphaëline Goupilleau, rencontre théâtre
photo Juste une embellie Christophe Lartige

En quelques mots , Juste une embellie est une pièce de David Hare, adaptée par Michael Stampe, dans une mise en scène de Christophe Lidon, assisté de Alison Demay avec donc Corinne Touzet et Raphaëline Goupilleau. Sur l’île de Wight en Angleterre, Madeleine, que vous interprétez, reçoit la visite de Frances, romancière, mais surtout ex femme de l’homme dont elle était la maîtresse. Que lui veut-elle, qu’ont-elles à se dire…cela donne une intense et touchante confrontation avec deux très beaux personnages.

On joue dans un décor magnifique de Sophie Jacob, le décor, la lumière, la musique, l’évocation de l’île est extraordinaire, j’ai vraiment l’impression d’avoir la mer tout autour de moi quand je rentre chaque soir. J’avais déjà côtoyé Christophe Lidon mais c’était la première fois que l’on travaillait ensemble et ça a été formidable. Il arrive avec sa dramaturgie, son travail sur le texte mais vous avez le sentiment d’évoluer totalement librement, de pouvoir proposer des choses, qu’il gardera ou non, mais avec beaucoup d’attention.

L’écoute et la confiance ont été vraiment très importantes, aussi bien avec lui qu’avec Corinne, il n’y a pas de soucis d’ego, de besoin de définir sa place sur le plateau, et c’est d’autant plus agréable que l’on a travaillé dans des conditions particulièrement difficiles. On aurait dû jouer la première le 4 décembre 2020 à Orléans, avec la Covid tout a été stoppé, on n’a jamais pu jouer à Orléans, ça a été reporté plusieurs fois et finalement on a créé le spectacle seulement en juillet 2021 à Avignon.

Comment garde-t-on le fil pendant tous ces mois ?

On se voyait toutes les trois semaines avec Corinne Touzet et Alison Demay, l’assistante de Christophe Lidon, pour faire des italiennes, des allemandes, pour entretenir le texte mais aussi les déplacements et on a pu refaire une semaine de répétitions au mois de juin. Et on arrive à la première à Avignon, avec le plaisir de retrouver le festival, une grande appréhension aussi avec ces conditions très particulières, dans la très belle salle des Gémeaux.

Et enfin, il y avait le public.

Les premières réactions à Juste une embellie ont été très chaleureuses, le « couple »  de ces deux femmes fonctionne à merveille, elles sont tellement différentes, c’est une rencontre totalement improbable. Cette femme qui vient chez l’autre, dont on connaît l’existence, qui prend chair tout à coup… c’est une confrontation magnifique.

Est-ce que vous avez une image particulière autour de ce Festival ?

Après la première, où tout à coup des gens sont émus, sont heureux, sont masqués mais sont là !

J’avais participé juste avant avec La grande musique que je jouais aussi à Avignon au festival Phénix, au La Bruyère, et là j’ai craqué le premier soir, quand la salle s’est rallumée aux applaudissements, que j’ai vu les gens qui étaient là, pouvoir se retrouver après plus d’un an de manque, c’était tellement fort, avec cette envie de dire merci à ces spectateurs. Sans eux on n’est rien, si le public n’est pas là, on ne joue pas.

A Avignon cet été, vous étiez donc dans deux pièces, Juste une embellie aux Gémeaux à 12h25 et la Grande musique de Stéphane Guérin à 19H20 au Buffon ( Cf article la grande musique) , dans lequel vous jouez deux personnages, à deux époques différentes. Comment passe-t-on ainsi d’un spectacle à l’autre ?

C’est un univers que je connais mieux, parce que j’ai déjà joué plusieurs de ses textes : Comment ça va ? à Avignon il y a deux ans,  Kalashnikov au Rond-Point, Kamikazes à Avignon, qui était magnifiquement mis en scène par Anne Bouvier. L’écriture de Stéphane Guérin a selon moi une résonance particulière dans le théâtre d’aujourd’hui, cela fait vraiment partie des auteurs majeurs, c’est une écriture rare, dont le théâtre a besoin. Pour La grande musique, il y avait une équipe formidable, Salomé Villiers, que j’ai connue sur Kamikazes à la mise scène, Bernard Malaka qui joue mon mari et avec qui il y a une grande complémentarité, il y a juste à profiter de ce que renvoie l’autre, c’est une richesse de rencontres qui est formidable.

Photos Prismoproduction

Ces dernières années, on vous retrouve plutôt dans des textes contemporains, quels sont vos projets ensuite ?

J’ai joué aussi plusieurs fois Marivaux pour lequel j’ai une passion, avec Marion Bierry notamment, avec qui j’ai eu la chance de jouer aussi L’illusion comique de Corneille. En ce moment il y a plus de créations, des occasions de faire découvrir des auteurs, comme Stéphane Guérin en qui je crois beaucoup, ou cette pièce de David Hare qui n’avait jamais été montée en France.

Après le Lucernaire, il y a une tournée qui est envisagée pour Juste une embellie, normalement aussi pour La grande musique. Et puis il y a de nouveau un projet avec Jean-Luc Revol, avec qui j’ai eu tant de plaisir à jouer Une souris verte de Douglas Carter Beane et Même pas vrai ! de Nicolas Poiret et Sébastien Blanc. Ce serait Il cavaliere e la dama de Goldoni, c’est un auteur que je n’ai encore jamais joué, j’espère vraiment que cela va pouvoir s’intercaler dans les dates avec les tournées.

Une souris verte pour laquelle vous avez eu le Molière de la Révélation théâtrale en 2008 et le Raimu de la comédienne. Le projet est Il cavaliere e la dama est à suivre ici : il-cavaliere-e-la-dama et j’ajouterai les dates des différentes tournées dès qu’elles seront confirmées à la suite de cet article.

Pour terminer, auriez-vous des coups de cœur culturels à partager ?

Il y a un lieu que j’ai hâte de découvrir, c’est la Collection Pinault à la Bourse de Commerce. J’espère que les gens vont avoir la curiosité de revenir dans les musées dont on a été privé si longtemps. J’ai une passion pour les musées, la Dogana à Venise, la beauté de la ville et ce lieu d’exposition exceptionnel, le Guggenheim aussi… Si j’avais eu le talent pour (et les maths!), j’aurais pu me tourner vers l’architecture, je trouve extraordinaire des lieux comme la Fondation Vuitton à Paris, réalisée par Frank Gehry, cette goélette de béton, c’est un lieu vraiment somptueux. J’aimerais aussi voir le Guggenheim de Bilbao, je rêve du nouveau musée du Caire et bien sûr les voyages, qui manquent tant aussi. Découvrir d’autres peuples, la façon dont on peut appréhender d’autres gens, les événements, on arrive avec des idées préconçues, on se laisse absorber par une atmosphère, la vie d’un village, des coutumes, des rites, c’est extraordinaire…

Et enfin, comment se sent-on juste avant la représentation, le trac ?

Il y a le petit pincement nécessaire. Je me disais que ça allait passer avec l’âge, mais pas du tout, avant Avignon, c’était un cauchemar, j’étais malade, et puis au moment où ça s’ouvre, c’est fini, c’est parti, c’est quand même un des plus beaux métiers du monde, c’est merveilleux. Et chaque soir le public est là, différent et c’est magnifique.

Un grand merci à Raphaëline Goupilleau pour cette rencontre passionnante et chaleureuse, qui donne de multiples envies ! Aller voir des expos, voyager… et bien sûr, aller au théâtre, en commençant par Juste une embellie au Lucernaire !

Interview de Raphaëline Goupilleau, propos recueillis par Eimelle de ToursEtCulture.

11 commentaires

Laisser un commentaire