Interview de Johanna Boyé Le visiteur

Interview de Johanna Boyé à l’occasion de la reprise au théâtre Rive Gauche à Paris de la pièce de théâtre : Le visiteur, de Eric-Emmanuel SCHMITT, mise en scène Johanna BOYÉ avec : Sam KARMANN, Franck DESMEDT, Katia GHANTY et Maxime de TOLEDO. Infos et réservations www.theatre-rive-gauche(du mardi au samedi à 21h, les dimanches à 15h ) Un spectacle joué cet été au théâtre Actuel au festival d’Avignon : cf Le visiteur festival d’Avignon/

Rencontre avec une metteuse en scène qui enchaîne les succès comme Les filles aux mains jaunes et Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? (  Molière du meilleur spectacle musical et Molière de la révélation féminine pour Elodie Menant) pour n’en citer que deux !

Interview de Johanna Boyé Le visiteur
© NMazéas

Interview de Johanna Boyé

Pouvez-vous nous parler de cette mise en scène du Visiteur ? En quelques mots pour le début : A Vienne en 1938, alors que les nazis ont envahi l’Autriche et persécutent les juifs, Sigmund Freud refuse de céder aux demandes de sa fille de quitter le pays alors qu’ils en ont encore la possibilité.

Une nuit, Freud accueille un étrange visiteur…

J’avais vu Le visiteur quand j’avais 15 ans, cela fait partie des pièces qui m’ont beaucoup marquée, qui m’ont donné envie de faire ce métier.

Eric-Emmanuel SCHMITT a vu ma mise en scène des Filles aux mains jaunes et m’a proposé de monter Le Visiteur. Tout l’enjeu de la pièce est de maintenir le spectateur dans le questionnement par rapport à ce Visiteur, de plonger le public dans la tête de Freud. Est-ce un rêve ? Une discussion avec son inconscient ? Un mythomane ? J’avais envie d’amener de l’onirisme, un peu de magie autour de l’apparition du visiteur, de créer un univers avec des surprises, de maintenir le doute jusqu’au bout.

Je prépare beaucoup mes mises en scène en amont, avec mes collaborateurs artistiques, le décor, le son, les intentions de costumes… on arrive avec beaucoup de matière aux premières répétitions. Les acteurs apportent ensuite de nouvelles idées, il y a des choses qui vont évoluer, l’univers sonore va se construire au fur et à mesure. Cela nous a permis de donner un caractère cinématographique à cette pièce, de renforcer l’onirisme, l’étrange.

Avec les acteurs, on va chercher à transformer l’émotion en action, à traduire physiquement ce qui se passe dans la tête du personnage, dans le corps, dans l’espace. Dans d’autres spectacles, comme Les filles aux mains jaunes, j’étais accompagnée d’un chorégraphe.

(Crédit photos : Fabienne Rappeneau)

Comment avez-vous vécu ce festival d’Avignon  ?

Ça a été un très beau festival, c’était vraiment la renaissance du théâtre , les spectateurs aussi étaient très heureux d’être là, il y avait une ambiance très particulière, un plaisir, une envie, une bienveillance qui étaient très agréables. C’était très fort en émotions !

Est-ce que vous avez des dates où on peut retrouver vos différents spectacles ?

Il y a une tournée pour Les filles aux mains jaune et pour Arletty, les deux devraient ensuite être repris à Paris. Il y a aussi le spectacle de Virginie Hocq, dont j’ai fait la mise en scène, qui est en tournée entre la Belgique et la France et qui sera en février à la Cigale à Paris.

Interview de Johanna Boyé Les filles aux mains jaunes
© NMazéas

Comment le monde du spectacle est-il arrivé dans votre vie ?

Je suis beaucoup allée au théâtre et au concert avec mes parents. J’ai commencé par un cursus musical (clavecin). Quand j’étais en troisième, mon père trouvait que j’étais trop timide et m’a poussée à faire du théâtre, j’y suis allée sans être très motivée et je suis tombée sur une prof extraordinaire. C’était un espace où la singularité pouvait s’exprimer et j’ai fait du théâtre tout le lycée. J’ai commencé peu à peu à me dire que j’avais envie de faire ça, et à l’envisager professionnellement. On avait travaillé Dans la solitude des champs de coton, on travaillait aussi beaucoup d’improvisations, on écrivait des textes…

Après le lycée je suis entrée aux cours de Véronique Nordey en parallèle de ma dernière année de conservatoire et de mon diplôme de clavecin. Ensuite je suis allée aux ateliers du  Sudden Théâtre, c’était très pluridisciplinaire. Dès la première année, j’ai créé un spectacle, il y avait un théâtre, on pouvait tester des choses, se confronter au public. Au début, je faisais à la fois jeu et mise en scène, puis pendant plusieurs années j’ai été uniquement comédienne. L’année de mes trente ans, j’ai eu vraiment envie d’y revenir, j’ai passé et remporté le concours du Théâtre 13, avec Le Cas de la famille Coleman, j’ai pu rencontrer des productions, et passer un cap. Le festival d’Avignon aussi m’a permis de toucher beaucoup de programmateurs et professionnels. Je suis vraiment une « enfant d’Avignon ! ».

Et pour terminer, est-ce que vous auriez des coups de cœur culturels à partager ?

Dans mes dernières lectures, j’ai beaucoup aimé Betty de Tiffany McDaniel et My Absolute Darling de Gabriel Tallent.

Merci beaucoup à Johanna Boyé pour cet entretien et pour ces conseils de lecture, et rendez-vous au théâtre Rive-gauche pour tenter de percer le mystère de ce Visiteur !

Interview de Johanna Boyé , propos recueillis par Eimelle Tours et Culture

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