Mon avis sur le spectacle La Découvreuse oubliée, à retrouver à Avignon-Reine Blanche pendant le Festival OFF Avignon 2026. Pour retrouver toutes mes chroniques du festival d’Avignon, mes incontournables et mes repérages, c’est ici Que voir au Festival d’Avignon OFF 2026 ? Sélection, coups de cœur et avis et là Que voir au Festival d’Avignon 2026 ? Première sélection de spectacles du IN.

Mon avis sur La Découvreuse oubliée Festival OFF Avignon
Cette série devrait être reconnue d’utilité publique !
Depuis plusieurs années, Élisabeth Bouchaud remet en lumière, avec Les Fabuleuses, des femmes scientifiques dont les découvertes ont été minimisées, confisquées ou attribuées à leurs collègues masculins.
Après Lise Meitner, Jocelyn Bell et Rosalind Franklin, ce quatrième épisode est consacré à Marthe Gautier, dont le rôle essentiel dans la découverte de l’origine chromosomique de la trisomie 21 a longtemps (voire est toujours) été effacé derrière le nom de Jérôme Lejeune.
La pièce s’ouvre en 2014. Marthe Gautier doit enfin prendre la parole lors des Assises de génétique humaine à Bordeaux, mais des huissiers mandatés par la Fondation Jérôme-Lejeune font irruption. La conférence est annulée et elle repart sans avoir pu donner sa version des faits.
Un début choc. Et si révélateur. Une femme. À la parole confisquée. Niée. Rejetée.
À partir de cet empêchement, le spectacle remonte le fil de sa vie. Issue d’une famille d’agriculteurs, Marthe Gautier devient médecin à une époque où les femmes sont encore très rares dans les études médicales. Formée à Harvard aux techniques de culture cellulaire, elle les rapporte ensuite en France et mène, avec très peu de moyens, et ses propres fonds, les expériences qui permettront d’identifier le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21.
Le microscope dont elle dispose ne permettant pas de prendre de photographies, ses lames sont confiées à Jérôme Lejeune. Elle ne les reverra pas. Son nom disparaît derrière celui de son collègue. A lui la gloire. A elle l’oubli.
Julie Timmerman, dont j’avais déjà beaucoup apprécié le travail dans Un démocrate et L’Affaire Rosalind Franklin, utilise le personnage d’une journaliste pour reconstituer le parcours de Marthe Gautier … et cette dépossession révoltante.
La scénographie bien pensée de Luca Antonucci évoque tour à tour une salle de conférence, un laboratoire… Les deux grandes surfaces transparentes suspendues rappellent les lames observées au microscope et accueillent les projections vidéo.
J’ai particulièrement aimé la manière dont les deux Marthe coexistent sur scène. Marie-Christine Barrault incarne la scientifique âgée tandis que Marie Toscan lui redonne sa jeunesse. Les souvenirs prennent vie devant elle, comme si elle observait la jeune femme qu’elle avait été.
La transmission est d’autant plus touchante que Marie Toscan est la petite-fille de Marie-Christine Barrault. Ce lien réel entre les deux comédiennes apporte quelque chose de très sensible au passage de relais entre les générations.
Marie-Christine Barrault est particulièrement émouvante. Sa Marthe Gautier ne se présente jamais comme une victime. Elle porte en elle la fatigue d’avoir été si longtemps réduite au silence, mais aussi une grande dignité, une certaine malice et la force tranquille de celle qui sait exactement ce qu’elle a accompli.
Face à elle, Marie Toscan apporte à la jeune Marthe beaucoup de naturel, d’enthousiasme et de détermination. Elle fait sentir à quel point elle était passionnée par la recherche, mais aussi combien elle avait intégré les règles d’un milieu où il semblait presque normal qu’un homme prenne la parole et signe à sa place.
Matila Malliarakis compose un Jérôme Lejeune complexe, ambitieux et inquiétant, tandis que Mathieu Desfemmes apporte de son côté une belle diversité de jeu à ses différents personnages, du professeur Turpin au pape Jean-Paul II.
Ce quatrième épisode confirme toute l’importance des Fabuleuses. Pour découvrir ces scientifiques bien sûr, d’une manière très abordable, mais aussi pour comprendre comment se construisent les récits officiels, comment certains noms disparaissent… ceux des femmes surtout.
En cela, les explications données par les comédiens à la fin du spectacle sont particulièrement révélatrices. L’histoire n’est hélas pas finie et un procès est intenté contre ce spectacle par la fondation Lejeune… Que de travail reste-il encore à accomplir…
En bref, un spectacle aussi sensible que nécessaire, porté par une Marie-Christine Barrault profondément touchante, pour rendre enfin à Marthe Gautier la place qui lui revient et ne plus jamais oublier…
La Découvreuse oubliée Festival OFF Avignon 2026 en pratique
Informations et réservations pour La Découvreuse oubliée
Lieu : Avignon-Reine Blanche
Dates : du 4 au 22 juillet 2026
Relâches : les 9 et 16 juillet
Horaire : 16 h 20
Durée : 1 h 10
Public : tout public à partir de 13 ans
Genre : théâtre contemporain
Texte : Élisabeth Bouchaud
Mise en scène : Julie Timmerman
Interprétation : Marie-Christine Barrault, Marie Toscan, Matila Malliarakis et Mathieu Desfemmes
Collaboration artistique : Véronique Bret
Scénographie : Luca Antonucci
Création lumière : Philippe Sazerat
Création sonore : Mme Miniature
Vidéo : Thomas Bouvet
Costumes : Muriel Mellet
Compagnie : Reine Blanche Productions
À voir également à Avignon-Reine Blanche pendant le Festival OFF 2026
L’Affaire Rosalind Franklin — le troisième épisode des Fabuleuses, consacré à la scientifique dont les travaux furent déterminants pour comprendre la structure de l’ADN, du 4 au 22 juillet à 14 h 40, relâches les 9 et 16 juillet.
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Quelle bonne idée de mettre en lumière cette femme
Un spectacle très fort !
Je suis trop loin pour le voir mais je trouve essentiel que des spectacles tels que celui-ci existent. Tous ces noms de femmes effacés… c’est révoltant.
ce sont des spectacles très importants!
Une histoire que j’ignorais. J’aime beaucoup Maris Christine Barrault
Ce sont des spectacles importants !