L’ÎLE DES ESCLAVES, MARIVAUX / JACQUES VINCEY CDN Tours

Pour la rentrée théâtrale du Centre Dramatique National de Tours, Jacques Vincey a choisi de présenter L’île des esclaves de Marivaux, avec les jeunes comédiens de l’ensemble artistique. Mais il a aussi choisi d’élargir la réflexion, en ajoutant un prologue et un épilogue au texte, de quoi renforcer les ponts entre les époques…

Côté 1725 tout d’abord, une très belle scénographie se déploie sur le plateau. Dans un nuage de mousse, écume de la tempête qui a jeté sur le rivage de cette île mystérieuse, deux athéniens apparaissent. L’ esclave et son maître, bientôt rejoints par leurs doubles féminins, découvrent alors l’étrange loi du lieu. Les rôles y sont inversés, pour mieux être corrigés de leurs travers, les maîtres deviennent esclaves et vice versa, de quoi révéler sa véritable nature, ou montrer toute sa duplicité.

Noir et blanc, perruques et maquillages, entre élégance et burlesque, l’équilibre est très bien trouvé, la distribution impeccable, il y a de la poésie et des rires, et de très belles images.

Tout rentrera bientôt dans « l’ordre », l’esclave pardonnera au maître et reprendra sa place… un renoncement qui questionne derrière le « happy-end » apparent…

photos © Christophe Raynaud de Lage et © Marie Petry , site du CDNT

Et côté 2019 ?

Ce travail de l’équipe sur le texte de Marivaux a commencé la saison dernière, avec une version « foraine », présentée en particulier dans les collèges du département, avant d’être adaptée en version « salle » pour cette rentrée.

Un épilogue a été ajouté à la pièce, fruit des échanges en particulier autour de la première version, et si cela peut surprendre au début (y a -t-il vraiment besoin d’ajouter quelque chose, chacun ne peut-il pas poursuivre la réflexion seul ?, ou sous forme d’une discussion bord de plateau ?), la formule choisie permet de pointer des éléments qui n’auraient peut-être pas été aussi flagrants, et de croiser les regards que chaque génération peut poser sur le texte.

Ainsi, on s’interrogera sur la place des femmes chez Marivaux, dans son texte, dans le nombre de répliques accordé aux rôles féminins, on évoquera Deleuze, ou se questionnera sur la gentillesse, la colère, le pardon, la vengeance, sur bien d’autres choses encore et sur le bonheur du jeu tout simplement.

Et l’on aurait bien envie de retrouver à notre tour notre âme d’enfant, jouer à renverser ainsi les rôles comme dans un nouveau carnaval, jouer dans cette mousse inspirante, jouer sur les mots, jouer de la musique, jouer, tout court.

Bref, un début de saison inspirant!

pour en savoir plus et réservations

http://cdntours.fr/spectacle/lile-des-esclaves

Mise en scène Jacques Vincey, collaboration artistique Camille Dagen, scénographie Mathieu Lorry-Dupuy, lumières Marie-Christine Soma, costumes Céline Perrigon, maquillage et perruques Cécile Kretschmar, son Alexandre Meyer

avec les comédiens de l’ensemble artistique du T° Blanche Adilon Lonardoni, Thomas Christin, Mikaël Grede, Charlotte Ngandeu, Diane Pasquet Et la voix de Jacques Vincey

A voir à Tours au Théâtre olympia, jusqu’au 5 octobre, puis du 23 au 31 janvier en en tournée en 2019/2020 (dates et lieux sur le site du cdnt)

4 commentaires

  1. j’ai vu une représentation de la pièce à Avignon mais tellement mal interprétée que l’on aurait dit une bleuette malgré le nom prestigieux de l’auteur ! Alors qu’effectivement malgré la fin où tout rentre dans l’ordre (bien obligé avec la censure de l’époque) la critique sociale va très loin.

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