Etty Hillesum , théâtre Héléna Delannoy

Représentation vue à Tours, lycée Sainte-Ursule, le 10 octobre 2019

Mise en scéne et jeu : Héléna Delannoy

Collaboration artistique : Véronique Ebel

Régie : Simon Delannoy

 Etty Hillesum , une vie bouleversée theatre

Etty Hillesum , une vie bouleversée, de la biographie au théâtre

J’ai découvert Etty Hillesum il y a une dizaine d’années seulement, un peu par hasard, et j’avais été profondément touchée, à la fois par son destin tragique et par la profondeur des écrits qu’elle a laissés.

Née aux Pays-Bas en 1914, elle fit des études de droit, donna des cours de russe, et rencontra en 1941 le psychologue Julius Spier dont elle devient à la fois l’élève, la secrétaire et l’amante. Etty fut d’abord employée du « conseil juif » des Pays-Bas, au camp de Westerbork, avant d’ête déportée à Auschwitz où elle mourra en novembre 1943.

Elle tint pendant ces deux années un journal intime (ce que j’ai lu, publié sous le titre Une vie bouleversée : Journal 1941-1943  ) et écrivit de nombreuses lettres qui témoignent à la fois de son parcours spirituel, philosophique, religieux, et de la situation particulière de la communauté juive des Pays- Bas pendant la guerre.

La lecture du journal m’avait beaucoup touchée, je regrettais qu’on ne connaisse pas plus cette jeune femme, quelle bonne idée alors qu’une compagnie théâtrale s’en empare et porte sa parole un peu partout !

Par la compagnie Haut les coeurs !

Du foisonnement des écrits d’Etty Hilesum, Héléna Delannoy a selectionné des passages du journal et des lettres, en se concentrant non pas sur les aspects biographiques (il n’est pas inutile de se renseigner un peu sur sa vie avant le spectacle ou tout au moins de lire la feuille de salle qui en retrace les grandes lignes avant le début pour mieux saisir le contexte de son cheminement), mais sur l’évolution de sa pensée, dans tout ce qu’elle peut avoir d’universel.

Toute la force de vie d’Etty apparaît , sa confiance en l’homme, en l’amour, sa capacité à s’émerveiller des petites joies simples de la vie, un savon pour la toilette, une fleur, un arc-en-ciel, une tasse de chocolat, alors qu’elle côtoie les pires horreurs, sa volonté de savoir, de faire face, de vivre les épreuves comme autant d’occasions de mieux se connaître, son rapport de plus en plus fort à la religion, sa lucidité vis à vis de l’extermination des juifs, sa conscience de vivre un fait historique…

La première partie du spectacle est consacrée aux extraits du journal, la seconde, plus poignante, (après un agréable chocolat chaud – petits gâteaux à l’entracte qui prolonge très agréablement l’univers posé pour le début de la pièce ) aux lettres envoyées du camp de Westerbork dont elle raconte le quotidien et à travers lesquelles on peut suivre l’évolution de sa pensée et comment elle se prépare à l’inéluctable .

Le public est installé en arc-de-cercle autour de la comédienne ; une mise en scène sobre, qui met en valeur les mots d’Etty Hilesum.

Entre chaque extrait, la comédienne sort de scène, un rituel changement de costume-lumière-musique ( j’ai beaucoup aimé la bande son de la première partie avec les titres des Ink Spots, de belles lumières aussi ) permet de laisser les mots décanter en chacun. (Même si entre certains extraits très courts un noir suffirait peut-être ? )

Le spectacle invite à la réflexion et à se replonger dans les textes d’Etty Hillesum si ce n’est pas encore fait!

Bravo à la compagnie Haut les coeurs pour cette adaptation, en espérant qu’elle puisse toucher un large public!

https://www.hautlescoeurs.org/

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