Direction le 9e arrondissement de Paris pour la visite du musée de la Franc-Maçonnerie, un univers que je connaissais très mal, et sur lequel j’ai beaucoup appris.
Installé rue Cadet, au siège du Grand Orient de France, le musée permet de revenir sur près de trois siècles d’histoire de la franc-maçonnerie en France. Tablier de Voltaire, épée de La Fayette, faïences, bijoux, bannières, portraits et objets rituels : une visite très riche qui aide à mieux comprendre cet univers souvent entouré de mystère.
Un musée au siège du Grand Orient de France
Le musée se trouve au 16 rue Cadet, dans l’hôtel qui accueille le Grand Orient de France depuis le milieu du XIXe siècle.
Les collections sont pillées pendant l’Occupation. Le musée ne rouvre qu’en 1973, pour le bicentenaire du Grand Orient de France, avant de bénéficier d’une importante rénovation.

La franc-maçonnerie, quelques repères
La visite commence par quelques explications bien utiles pour comprendre la suite du parcours.
La franc-maçonnerie moderne se structure en Grande-Bretagne au début du XVIIIe siècle avant de se développer rapidement en France. Elle reprend une partie du vocabulaire et des outils des anciens bâtisseurs : le compas, l’équerre, le niveau, le fil à plomb ou encore la pierre à tailler. L’équerre évoque la droiture, le compas la mesure, le niveau l’égalité et la pierre brute le travail que chacun doit accomplir sur lui-même.
La franc-maçonnerie n’est pas une organisation unique. Elle réunit différentes obédiences, loges et rites qui peuvent avoir des pratiques ou des conceptions assez différentes.

Les Constitutions d’Anderson
Parmi les pièces essentielles du parcours figurent les Constitutions d’Anderson, publiées à Londres en 1723.
Ce texte est considéré comme l’un des documents fondateurs de la franc-maçonnerie moderne. Il fixe des règles de fonctionnement, rappelle l’histoire légendaire des bâtisseurs et insiste sur l’idée de fraternité entre des hommes qui n’auraient peut-être jamais eu l’occasion de se rencontrer autrement.
Le musée en conserve une édition originale ainsi que différentes traductions.

Tablier, cordons et bijoux maçonniques
Les vitrines consacrées aux vêtements et aux objets rituels sont parmi les plus spectaculaires.
Le tablier rappelle celui que portaient autrefois les tailleurs de pierre pour se protéger pendant leur travail. Dans les loges, il devient peu à peu un objet symbolique indiquant notamment le grade ou la fonction de celui qui le porte.
Certains sont assez sobres. D’autres sont richement décorés de broderies, de perles, de soleils, d’étoiles, de colonnes, d’outils ou de représentations du temple de Salomon.
Cordons, sautoirs, médailles et bijoux complètent ces tenues. Chaque couleur, chaque motif et chaque objet possède une signification particulière, qui peut varier selon les rites.

Le tablier attribué à Voltaire
L’un des objets les plus célèbres du musée est un tablier traditionnellement attribué à Voltaire.
L’écrivain est initié en 1778, quelques semaines seulement avant sa mort, dans la loge des Neuf Sœurs.
Cette loge parisienne réunissait de nombreux écrivains, scientifiques et artistes. Benjamin Franklin en fut également membre.

L’épée de La Fayette
Autre pièce incontournable : l’épée maçonnique de La Fayette.
Sa lame ondulée rappelle l’épée flamboyante placée dans le temple lors de certaines cérémonies. Très ouvragée, elle aurait été offerte à La Fayette en hommage à son engagement.
La Fayette fut en effet proche de nombreux francs-maçons américains, parmi lesquels George Washington et Benjamin Franklin.

Jérôme Bonaparte et Cambacérès
La franc-maçonnerie reste également très présente pendant l’Empire.
Le musée conserve notamment un tablier de Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon et roi de Westphalie.
On peut aussi voir une étonnante pendule traditionnellement attribuée à Cambacérès. Juriste, deuxième consul puis archichancelier de l’Empire, il joua un rôle essentiel dans l’organisation de la franc-maçonnerie française au début du XIXe siècle.


Une remarquable collection de faïences
Assiettes, plats, tasses et chopes sont décorés d’équerres, de compas, de colonnes, de soleils rayonnants ou de poignées de main.
Ces objets étaient parfois utilisés lors de banquets organisés par les loges. Ils témoignent aussi de la manière dont les symboles maçonniques se sont intégrés aux arts décoratifs.
Le musée conserve notamment une importante collection française du XVIIIe siècle, ainsi que plusieurs pièces venues d’autres pays européens.
Les femmes et la franc-maçonnerie
La place des femmes dans la franc-maçonnerie a longtemps été limitée et reste une question complexe.
Dès le XVIIIe siècle, des « loges d’adoption » permettent toutefois à certaines femmes de participer à des cérémonies organisées sous le contrôle de loges masculines.
Le musée conserve un rare tapis de loge d’adoption du siècle des Lumières. Ses nombreux symboles illustrent les différents grades qui pouvaient être proposés aux « sœurs ».
Il faut ensuite attendre la fin du XIXe siècle pour voir apparaître des organisations véritablement mixtes, puis des obédiences féminines.
Tablier et diplôme de loge féminine


Franc-maçonnerie, République et laïcité
Le parcours montre aussi les liens très forts qui se tissent au XIXe siècle entre une partie de la franc-maçonnerie française et les idées républicaines.
Plusieurs grandes figures politiques ou intellectuelles furent francs-maçons : Léon Gambetta, Jules Ferry, Victor Schœlcher, Émile Littré, Jean Zay ou encore Pierre Mendès France.
L’école, la laïcité, la liberté de conscience, l’abolition de l’esclavage ou la défense de la République occupent une place importante dans les débats des loges.
Les persécutions sous l’Occupation
Le régime de Vichy interdit les sociétés secrètes et organise une importante propagande contre les francs-maçons. Des listes de membres sont publiées, leurs biens saisis et plusieurs d’entre eux sont révoqués, arrêtés ou déportés.
Le musée est pillé pendant l’Occupation et une grande partie de ses archives et de ses collections est dispersée.
Les objets réunis depuis sa réouverture permettent donc aussi de conserver la mémoire de ces persécutions.
La visite des temples maçonniques
La visite du musée peut être complétée par une découverte guidée des temples du Grand Orient de France.
Le bâtiment en compte plusieurs, de tailles et de styles très différents.
Pas de visite quand nous y étions
La Franc-maçonnerie à Paris
Une intéressante exposition temporaire complète la visite, c’est une expo très riche!




Conseils pour visiter le musée de la Franc-Maçonnerie

Les temples étant toujours utilisés par les loges, leur accès dépend de leur disponibilité. Le parcours peut donc varier selon les jours.
Adresse : 16 rue Cadet, Paris 9e
Métro : Cadet, ligne 7
Ouverture du mardi au vendredi : de 10h à 12h30 et de 14h à 18h
Le samedi : de 10h à 13h et de 14h à 19h
Le dimanche : de 10h à 12h30 et de 14h à 18h
Fermeture : le lundi
Des visites guidées du musée et des temples sont habituellement proposées :
- le jeudi à 14h30 ;
- le samedi à 14h30 et à 16h ;
- le dimanche à 14h30.
Les horaires et les conditions d’accès pouvant évoluer, toutes les informations sont à vérifier sur le site officiel du musée de la Franc-Maçonnerie.
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Merci. Je n’ai jamais poussé la porte de ce musée. Merci pour cette belle mise en lumière !
Je m’attendais à un petit musée visité en une demi-heure, j’y ai passé plus de 2h !
Je ne connaissais pas l’existence de ce musée que je serais très curieuse de visiter. Il y a un imaginaire assez mystérieux lié la Franc-Maçonnerie qui a quelque chose d’intrigant.
cela permet d’en comprendre un peu plus!
Eh bien ! J’ignorais totalement l’existence de ce musée ! Merci pour la découverte !
il vaut le détour!
Je ne connais pas du tout ce musée, et j’ai pourtant habité à Paris pendant plusieurs décennies !
Assez méconnu mais pourtant très riche !