Artemisia Gentileshi et Judith, exposition musée Maillol

Un rapide aller-retour à Paris ce week-end m’a permis de visiter l’exposition du musée Maillol (et un petit tour ensuite au grand palais pour l’expo Buren, j’y reviendrai).

J’ai été assez séduite par cette exposition, l’occasion de voir les principales œuvres de l’artiste réunies, et de pouvoir comparer en particulier les différentes versions de ses Judith, après la lecture du roman d’Alexandra Lapierre, pouvoir mettre des images « grandeur réelle » sur les œuvres évoquées, c’est un vrai plaisir!
L’occasion aussi de découvrir foultitude de détails, permis par la juxtaposition des œuvres, de la place de la signature de l’artiste sur les armes ou boucliers, en passant par la qualité de la représentation des bijoux, vêtements, coiffures et autres voiles, ….

Je reviendrais ensuite sur certains de ces détails, pour aujourd’hui, restons avec les Judith!

Orazio Lomi Gentileschi, né à Pise en 1563, mort à Londres en 1647, est un peintre italien disciple du Caravage.Après une période romaine (1587-1612), il travaille dans la région des Marches ,  à Gênes puis retourne en Toscane. Après un séjour en France (1624-1626) il se met au service de Charles Ier d’Angleterre. Il reste en Angleterre tout le reste de sa vie (1626-1639).

Parmi ses œuvres, la figure de Judith revient plusieurs fois :

Orazio Gentileshi, « Judith et sa servante avec la tête d’Holoferne » 1621-162, Wadsworth Atheneum Museum of Art, Hartford, Connecticut, USA

Orazio Gentileshi, « Judith et sa servante, » 1608-1609, Nasjonalgalleriat, Oslo, Norway
Une œuvre à mettre en perspective avec une composition proche d’Artemisia : on y retrouve la complicité entre les deux femmes (la main de Judith sur l’épaule de sa servante, le regard dans la même direction), une dramatisation renforcée par le travail du clair obscure et des lignes diagonales, le cadrage resserré,  le travail des vêtements, des bijoux, de la poignée de l’arme y est particulièrement soigné, la richesse du costume de Judith , je reviendrai sur certains détails par la suite.
Artemesia Gentileshi, « Judith et sa servante, » 1614  Galleria Palatina, Palazzo Pitti, Florence, Italy
Artemesia Gentileshi, « Judith décapitant Holoferne, » 1613, Capodimonte Museum, Naples, Italy

Elle devient un peintre de cour à succès, sous le patronage des Médicis et de Charles Ier d’Angleterre.

Remarquablement douée et aujourd’hui considérée comme l’un des premiers peintres baroques, l’un des plus accomplis de sa génération, elle s’impose par son art à une époque où les femmes peintres ne sont pas facilement acceptées.

Artemesia Gentileshi, « Judith décapitant Holoferne, » 1620, Uffizi, Florence, Italy

Elle est également la première femme à peindre l’histoire et la religion à une époque où ces thèmes héroïques sont considérés comme hors de portée d’un esprit féminin et les peintres femmes cantonnées aux genres réputés inférieurs comme le portrait ou la nature morte.
Elle est la première à se distinguer à travers genres historiques et représentations de nus.

Artemisia gentileschi fut la première femme admise à l’Accademia del Disegno de Florence, sa carrière la mènera de Florence à Naples, de Rome à Londres à Venise, et montre qu’elle aura eu tout au long de sa vie de prestigieux commanditaires.Artemisia Lomi Gentileschi (née le 8 juillet 1593 à Rome, morte à Naples vers 1652)  reprend de son père Orazio la limpide rigueur du dessin en lui rajoutant une forte accentuation dramatique héritée de l’œuvre du Caravage et chargée d’effets théâtraux. Cette stylistique contribua à la diffusion du caravagisme à Naples, ville dans laquelle elle s’installe en 1630.
La première œuvre attribuée à Artemisia, qu’elle signe dès l’âge de 17 ans (sûrement aidée par son père, déterminé à faire connaître ses dons artistiques précoces), est sa Suzanne et les vieillards, réalisée en 1610 et aujourd’hui conservée dans la collection Schönborn à Pommersfelden.
Elle reprend et modifie plusieurs fois les œuvres de son père, auxquelles elle donne une touche d’une âpreté réaliste que celui-ci n’avait pas. Elle leur insère une atmosphère dramatique, si prisée par les Napolitains, en y accentuant le clair-obscur à la manière du Caravage, contribuant ainsi à l’évolution de ce style d’une façon déterminante.
À 19 ans, alors que l’accès à l’enseignement des Beaux-Arts, exclusivement masculin, lui est interdit, son père lui donne un précepteur privé, le peintre Agostino Tassi. Un scandale marque alors sa vie. Artemisia est violée par Tassi employé à cette époque avec Orazio Gentileschi à la décoration à fresque des voûtes du Pavillon des Roses dans le Palais Pallavicini Rospigliosi de Rome.
Celui-ci promet d’abord de l’épouser pour sauver sa réputation, mais il ne tient pas sa promesse et le père d’Artemisia porte l’affaire devant le tribunal papal. Pendant l’instruction,  Artemisia est « soumise à la question » pour vérifier la véracité de ses accusations. Elle résistera à la torture et maintiendra ses accusations. Tassi est condamné , mais ne purgera jamais sa peine.

Une autre Judith attribuée à Artémisia, qui serait l’un de ses premières

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Une vidéo de présentation de l’exposition

 

4 commentaires

  1. Mon article sur l'expo est prêt mais (il y a tant à raconter ces jours-ci) ne paraîtra que plus tard. J'ai beaucoup apprécié ton choix de toiles, tes films, bien choisis, et je suis ravie que tu aies aimé, toi aussi, cette exposition : un vrai progrès dans la connaissance de cette femme étonnante et ô combien fascinante. Nos deux articles se complèteront : tu parles des Judith, je me consacre plus aux Suzanne !!!

  2. J'ai hâte de lire le tien, sans le savoir, nous nous compléterons bien!J'avais beaucoup d'attentes par rapport à cette exposition, longtemps que j'avais envie de voir certaines œuvres en vrai, j'ai été comblée!bonne journée!

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