Otages intimes Jeanne BENAMEUR #MRL15

Actes Sud 08/2015

Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.

De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.

Mon petit mot

D’abord, il y a le plaisir de retrouver la plume de Jeanne Benameur, délicate et sensible, que j’avais découvert il y a deux ans avec

Laver les ombres  Jeanne Benameur

Laver les ombres Jeanne Benameur

j’ai vraiment savouré ce nouveau texte, j’en ai volontairement ralenti la lecture, pour mieux laisser tournoyer les mots de l’auteure, m’imprégner de ces phrases, j’aurais pu je le crois noter une citation à chaque page, charmée par cette langue… pas un mot en trop, que de thèmes et d’émotions en si peu de pages!

Et puis il y a les échos avec l’actualité.

Une guerre, ses répercussions sur les civils, les familles, l’attente de l’homme partit combattre ou photographier le conflit, les épouses, les mères demeurées à l’arrière, mais aussi les femmes prises dans le conflit, leurs corps comme enjeu et champ de bataille… et l’après-guerre.
Comment réapprendre à vivre avec ces blessures?
Aucune arme ne protège de la peine du monde.
Les méandres de la psychologie, les valeurs refuges, la nature, les arbres, les oiseaux, le cours d’eau, les amis, le retour à l’enfance, à la mère, aux racines, un livre qui fait réfléchir et qui fait du bien.
Régénération, transformation, empathie,  de quoi retrouver un peu de confiance en l’humanité à travers pourtant la pire des situations : la captivité, n’être plus qu’une monnaie d’échange, la vision des crimes atroces de la guerre, les combattants déshumanisés… de nombreux personnages me resteront je pense longtemps en mémoire, cette femme et ses enfants sur le trottoir, ce vieil homme et sa servante, et le trio d’amis… marquants et touchants…
Ceux qui ont tué, violé, massacré, par quoi leur pensée d’homme était elle prise en otage ?
Au-delà de ce cas particulier, c’est à une réflexion plus large que nous sommes conviés, à travers ce roman polyphonique et au fil des parcours des différents protagonistes : de quoi chacun de nous est-il otage? De sa famille, de sa situation sociale, de la peur de l’inconnu… de quoi s’interroger sur nos vies.
Comme dans Laver les ombres, la musique à aussi une place importante dans ce texte, le piano, la flute, et le violoncelle, pour se recentrer, s’isoler, reprendre son souffle, envelopper les corps, caresser les âmes et se réouvrir aux autres… une lecture à prolonger par l’écoute du Trio pour flûte, violoncelle et piano en sol mineur, op. 63 (1819) de Carl Maria von Weber.

Et en prime, je trouve magnifique la photo de couverture!

Bref, un livre à découvrir!

Dans le cadre de 
Afficher l'image d'origineUn livre sélectionné par Noukette, très bon choix, et merci à Priceminister pour cette opération! 

17 commentaires

  1. je suis en train de le lire, il est splendide. je l'ai commencé il y a un mois et je lis très lentement pour m'imprégner de ce texte, de ces mots choisis avec tant de justesse.

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  2. Tout comme toi, j'ai apprécié ces mots, lus lentement pour ne pas lâcher les personnages.La photographie de couverture convient à merveille au roman.Belle idée d'avoir donné un lien musical :-)A bientôt,Blandine.

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